À Miramas-le-Vieux, découvrez le spectaculaire pin penché qui fait reculer les camions

À Miramas-le-Vieux, découvrez le spectaculaire pin penché qui fait reculer les camions

Imaginez un pin majestueux, bien qu’un peu biscornu, qui semble avoir toujours été là, faisant partie intégrante des remparts. Surplombant une colline à deux pas de l’ancienne porte de Miramas-le-Vieux, ce vieux pin d’Alep penché devient un seuil naturel. Il s’étend au-dessus de la seule route qui mène à l’ancien village, embrassant littéralement le passage. Reliant la ville nouvelle située en contrebas, le village compte aujourd’hui environ une centaine d’habitants. Le long du mur de pierre sur lequel il s’appuie, des voitures se garent à ses pieds. De l’autre côté de la route, taillée dans la roche, l’arbre semble hésiter entre la vue sur l’étang de Berre et la compagnie des maisons et des ruines d’un château du XIIe siècle.

“Le vent du Sud est son plus grand ennemi”

La situation est d’autant plus complexe que la route en pente rend difficile l’évaluation précise de la hauteur de l’arbre. Aucun panneau ne signale la hauteur, comme cela serait le cas pour un pont. Il faut dire que cette mesure varie en fonction de la croissance de l’arbre. “Nous devrions le mesurer”, propose Didier Ségura, employé municipal chargé des espaces verts, aux deux amoureux de l’arbre qui sont venus partager son histoire. Doris Salomon, présidente de l’association des Amis du Vieux Miramas, vit en face de l’arbre, littéralement, au-dessus de l’atelier d’artiste qu’elle tient. Jacques Lemaire, instituteur au village pendant 29 ans, a présidé l’association pendant de nombreuses années. Grâce à un mètre métallique tiré de la voiture électrique de la ville, la hauteur de l’arbre est connue : 2,70 mètres au plus bas, 3,60 mètres au plus haut.

“On s’adapte”, explique Didier Ségura. “Pour la fête médiévale de la semaine prochaine, nous amènerons le matériel avec une camionnette et une remorque”. “La dernière collision impliquait un camion de pompiers”, ajoute Jacques Lemaire. “Avec le temps, l’arbre s’abaisse. On peut voir qu’il lui manque une grosse branche”. Il se souvient qu’il y a vingt ans, les services de la ville avaient coupé l’une des grandes branches qui obstruait la route. “Des coupes de ce genre fragilisent l’arbre. Tout comme nous, avec l’âge, il est plus difficile pour nous de guérir nos blessures. Lors d’une tempête avec beaucoup de vent du Sud et de fortes pluies, une branche s’était tordue. Bien qu’il ait résisté au mistral puissant de cette partie de la Crau, c’est surtout le vent du Sud que cet arbre redoute”, ajoute son défenseur. Le mari de Doris Salomon, sculpteur, avait même imaginé un système de socle à roulettes pour soulager l’arbre en soutenant ses branches.

“Pour les touristes, pour le folklore”

Aujourd’hui, l’arbre ne bénéficie d’aucun traitement particulier. “J’avais demandé à mon supérieur de couper les branches mortes, mais il m’a dit de ne rien toucher !”, commente Didier Ségura. “Il y a un nid de frelons là-bas”, lui fait remarquer Doris Salomon. “J’ai une bombe dans la voiture, je passerai sûrement demain”. Ces jours-ci, l’employé municipal a récemment recouvert une plaie de l’arbre de mousse “afin d’éviter que les insectes n’aggravent la blessure”.

Quel âge peut bien avoir cet arbre ? Selon la légende urbaine, il serait multi-centenaire, mais Jacques Lemaire n’y croit pas. “Même s’il était vieux de deux cents ans, comme indiqué sur une plaque il y a longtemps, ce serait impossible. C’est juste pour les touristes, pour ajouter une touche de folklore. Fernand Julien, conseiller municipal pendant des décennies, avait un jour déclaré qu’il pensait que cet arbre était un arbre de la liberté [planté à l’époque de la Révolution française], mais cela est impossible. Il n’aurait pas été planté derrière un mur, mais au milieu de la place du village”. Aujourd’hui, une plaque indique que ce pin a reçu le label “arbre remarquable” délivré par l’association A.R.B.R.E.S.

Le fils naturel et la relève

Plus bas, les pins qui bordent la route semblent avoir été plantés par l’homme en raison de leur alignement régulier, mais celui-ci est le fruit du hasard. Son plus grand admirateur en est convaincu. Ce retraité a mené sa petite enquête sur l’âge de l’arbre, étayée par des photos de sa collection personnelle. Il montre le pin, déjà présent mais beaucoup plus petit, sur une photo datant de 1908. “À l’époque, il était de la taille du plus petit pin qui se trouve à ses pieds aujourd’hui”. Sur une autre photo prise en 1918, on peut le reconnaître : “On voit qu’il a grandi”. “Les grands-parents de mes anciens élèves me racontaient que, quand ils étaient petits, ils passaient entre le tronc de l’arbre et le mur”. L’arbre a depuis poussé les blocs de pierre. “S’il a environ 140 ans, ce qui est beau pour un pin, étant donné que les pins d’Alep importés par les Croisés et dont la résine servait notamment de vernis ne sont pas réputés pour leur longévité”, se félicite-t-il. Niché sur le flanc de la colline, on se demande surtout où cet arbre trouve son eau, dans un village qui ne dispose d’aucune source.

“Quand un pin meurt, il meurt. Il ne peut pas se régénérer à partir de la souche, comme le chêne ou l’olivier”, déplore Jacques Lemaire. “Mais je mourrai sûrement avant lui”. Il indique un jeune pin fragile situé derrière les voitures garées, à l’extrémité d’une des branches. “Je suis sûr qu’il s’agit là de son fils naturel”. Et un autre pin, planté à proximité avec ses élèves il y a des années, au milieu de quelques autres spécimens : “Lui, c’est la relève”.